samedi 20 août 2011

Les nouvelles marchandises

Nous assistons depuis une bonne décennie à l'avènement de nouvelles marchandises lesquelles, après la culture et internet, se rangent dans l'immatériel. Ces produits nouveaux sont issus de l'activité financière "pure" dans le sens, précisément, d'un contenu entièrement détaché de toute connexion liée à une production (industrielle, biens consommables, applications scientifiques..). Mais "pure", ces marchandises ne le sont que dans le fait qu'elles proviennent de concepts axés sur eux-mêmes, sorte d'élucubration endogène porteuse d'aucun effet à caractère d'avancement (progrès). Ces produits dits "financiers" sont en réalité confinés dans une idéologie post-marchande tout en étant parfaitement échangeables, commercialisables. Nous voyons bien ici le paradoxe et son contenu stérile. Une sorte d’ État dans l’ État déconnecté, débarrassé, de toutes contraintes morales et sociétales. Si l’immatériel se construisait essentiellement sur du concret (la culture = le livre = l’imprimerie, ou bien la musique = le disque, le CD et l’ensemble des technologies et des matériels associés, de même avec l’informatique puis internet), ces nouvelles marchandises ne se basent sur rien de vraiment satisfaisant (en dehors de quelques logiciels et modèles mathématiques très vite renouvelables et sans valeur sauf celle de servir ledit système en circuit fermé). La question qu’il faut donc se poser est de savoir quel est le but de ces marchandises ? La réponse n’a rien de confidentiel ou de secret. L’argent, pendant de longues périodes, permettait de "bâtir" (tout en assurant une profitabilité calculée mais quasi honorable) tandis qu’avec ces nouveaux produits il ne s’agit surtout pas de construire, seulement de gagner le plus d’argent possible. L’argent pour l’argent, dramatiquement. Il est à noter, de plus, que l’effet spéculatif est lui aussi une victime, dans cette spirale, puisque nous constatons une nouvelle possibilité de gains non sur l’enchérissement mais sur l’appauvrissement. On gagne de plus en plus sur le risque de dévalorisation, sur l’évitement d’une perte et non plus sur l’augmentation de la valeur. Ce système, comme le ver dans le fruit, comporte bien un germe suicidaire, un pourrissement de l’intérieur. Ces nouvelles marchandises sont donc pernicieuses. Mais elles sont des "marchandises" et il faut les considérer ainsi, au même titre que les autres (puisque leurs inventeurs ne souhaitaient rien d’autre). Après la taxation du travail, des marchandises classiques et des gains sur le capital nous ne pouvons que taxer à leur tour ces nouveaux produits et l’ensemble des flux qui en découlent, ce qui serait en parfaite cohérence avec "l’esprit" desdits produits (ou plutôt le manque de vision les caractérisant) . James Tobin avait vu juste sur ce point. Il est temps, urgent même, de passer à cette étape. Plus on tarde, plus le pourrissement s’accélère. D’ailleurs quelle autre solution reste-t-il pour les pays surendettés de mettre en place cette nouvelle source de revenus afin de rétablir partiellement la situation ?

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