La Grèce est un très gros importateur de produits et services européens et la zone Euro, pour ne parler que d'elle, y a déversé des tonnes de marchandises depuis de nombreuses années. Mais pour les acheter et les payer, la même Europe lui a octroyé de nombreux crédits et autres aides ainsi que les banques privées. Un cycle gagnant-gagnant s'est ainsi mis en place et tout le monde s'en satisfaisait jusqu'au jour où les échéances, les remboursements, ne devenaient plus possibles. Alors l'Europe a crié au scandale et s'est d'un coup aperçue que la Grèce ne récoltait pas assez d'impôts et de TVA et que son système fiscal était très limité. Entre temps de grandes banques l'ont aidé à traficoter ses comptes (dont une, américaine, a coulé depuis) et la catastrophe est arrivée dans un aveuglement général. Je suis assez stupéfait de voir que les deux grands pays européens majoritairement bénéficiaires des importations grecques aient eu un comportement aussi sauvage et indigne, sur un plan moral et politique, en donnant des leçons de gestion et de bonnes gouvernance à la Grèce après avoir massivement permis à leurs entreprises de réaliser d'énormes affaires avec ce "partenaire". L’Allemagne et la France connaîtront, je pense, un jour aussi le même problème que la Grèce compte tenu de leurs déséquilibres en matière d'endettement.
aywerth - Le blog d'Aymeric-Henry Werth
Un regard personnel sur le monde, le mien, qui cherche à vous séduire mais qui pourrait aussi vous agacer..
samedi 5 novembre 2011
samedi 20 août 2011
Les nouvelles marchandises
Nous assistons depuis une bonne décennie à l'avènement de nouvelles marchandises lesquelles, après la culture et internet, se rangent dans l'immatériel. Ces produits nouveaux sont issus de l'activité financière "pure" dans le sens, précisément, d'un contenu entièrement détaché de toute connexion liée à une production (industrielle, biens consommables, applications scientifiques..). Mais "pure", ces marchandises ne le sont que dans le fait qu'elles proviennent de concepts axés sur eux-mêmes, sorte d'élucubration endogène porteuse d'aucun effet à caractère d'avancement (progrès). Ces produits dits "financiers" sont en réalité confinés dans une idéologie post-marchande tout en étant parfaitement échangeables, commercialisables. Nous voyons bien ici le paradoxe et son contenu stérile. Une sorte d’ État dans l’ État déconnecté, débarrassé, de toutes contraintes morales et sociétales. Si l’immatériel se construisait essentiellement sur du concret (la culture = le livre = l’imprimerie, ou bien la musique = le disque, le CD et l’ensemble des technologies et des matériels associés, de même avec l’informatique puis internet), ces nouvelles marchandises ne se basent sur rien de vraiment satisfaisant (en dehors de quelques logiciels et modèles mathématiques très vite renouvelables et sans valeur sauf celle de servir ledit système en circuit fermé). La question qu’il faut donc se poser est de savoir quel est le but de ces marchandises ? La réponse n’a rien de confidentiel ou de secret. L’argent, pendant de longues périodes, permettait de "bâtir" (tout en assurant une profitabilité calculée mais quasi honorable) tandis qu’avec ces nouveaux produits il ne s’agit surtout pas de construire, seulement de gagner le plus d’argent possible. L’argent pour l’argent, dramatiquement. Il est à noter, de plus, que l’effet spéculatif est lui aussi une victime, dans cette spirale, puisque nous constatons une nouvelle possibilité de gains non sur l’enchérissement mais sur l’appauvrissement. On gagne de plus en plus sur le risque de dévalorisation, sur l’évitement d’une perte et non plus sur l’augmentation de la valeur. Ce système, comme le ver dans le fruit, comporte bien un germe suicidaire, un pourrissement de l’intérieur. Ces nouvelles marchandises sont donc pernicieuses. Mais elles sont des "marchandises" et il faut les considérer ainsi, au même titre que les autres (puisque leurs inventeurs ne souhaitaient rien d’autre). Après la taxation du travail, des marchandises classiques et des gains sur le capital nous ne pouvons que taxer à leur tour ces nouveaux produits et l’ensemble des flux qui en découlent, ce qui serait en parfaite cohérence avec "l’esprit" desdits produits (ou plutôt le manque de vision les caractérisant) . James Tobin avait vu juste sur ce point. Il est temps, urgent même, de passer à cette étape. Plus on tarde, plus le pourrissement s’accélère. D’ailleurs quelle autre solution reste-t-il pour les pays surendettés de mettre en place cette nouvelle source de revenus afin de rétablir partiellement la situation ?
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mardi 31 mai 2011
Malaise et management
Le suicide des personnels dans le cadre du travail pose un problème de fond quant à la manière d'envisager le malaise des collaborateurs. L'interférence vie professionnelle/vie personnelle reste un champ compliqué d'investigations car l'influence croisée est difficile à mesurer puisque les retombées de l'une sur l'autre et inversement s'automatisent au fil des années. Le nombre d'heures passé au travail fait que la vie professionnelle prend le dessus et le stress au travail vient rapidement polluer la vie familiale. Mais le contraire est vrai aussi dans ce contexte d'interférence inévitable. Le malaise est surtout une question d'environnement et de positionnement : la relation aux autres (hiérarchie, compétences, compétition) et adéquation à de nouvelles fonctions (adaptation, frustration, doute). Dès que l'un de ces aspects vient à produire une instabilité naissante l'action doit être immédiate pour tenter d'éviter une aggravation comportementale. La surveillance sur ces deux points, environnement et positionnement, devrait être dans les faits balisée par des repères ou marqueurs sensibles avec la mise en place d'un réseautage entre les individus. A l'heure des réseaux sociaux planétaires sur internet, il semble nécessaire de mettre en place des relations de ce type entre les individus au sein de l'entreprise mais sous la forme concrète d'un appui à caractère humain et convivial. Un espace d'échange et d'écoute entre collègues grâce auquel il serait possible de détecter la détresse évolutive d'une personne en dehors du poids hiérarchique et des remises en cause. La médecine du travail et les psychologues d'entreprise représentent à tort ou à raison un facteur de fragilisation dans l'esprit des personnes en dérive potentielle, et leur rôle doit s'envisager comme une étape envisageable et non plus comme un passage obligé et anxiogène dans la mesure où le réseautage permettrait l'installation de nouveaux relais. Voilà une piste à suivre, me semble-t-il, sans oublier bien sûr que le passage à l'acte, dans ces cas extrêmes et tragiques, reste souvent un mystère. Le suicide comporte des zones insondables (en dehors, peut être, du choix lié à la maladie et à la souffrance physique).
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mardi 16 novembre 2010
Sur le sujet des retraites un aspect n'a pas été développé, celui de la diminution de la masse globale de travail
Concrètement la masse de travail tend à diminuer (dans la production industrielle un objet se fabrique avec de moins en moins de travailleurs et cette production se délocalise aussi) nous voyons donc que les progrès en terme de productivité amène moins d'intervenants dans la main d'œuvre, par contre le travail conceptuel s'accroît.
Il ne faut pas confondre diminution de la masse de travail et volume. En effet, un carnet de commandes bien rempli conduit à un volume de production en augmentation mais la masse de travail nécessaire pour ladite production est la même et la rationalisation des process peut évidemment la réduire encore.
Nous observons ainsi une flexibilité opportuniste en terme de production liée à l'activité (ou au manque d'activité) qui se gère en flux tendu relativement aux hommes ; le travail devient ainsi non plus statique dans le sens des forces à pérenniser mais élastique dans le sens de besoins ponctuels. La nature du travail change et il devient quasi occasionnel. Une carrière se fait de plus en plus par bouts (multi expériences) et non plus d'un seul tenant.
Relativement à la question des retraites en France, et particulièrement pour ce pays, nous constatons deux noyaux satellites de travailleurs directement utilisables en fonction de ces fluctuations d'activités : les jeunes et les seniors. Il n’y a pas de masse de travail suffisante pour ces deux groupes et les cotisations retraites seront donc une succession de minces opportunités. Imaginer faire travailler une personne, aujourd’hui âgée de 50 ans, jusqu’à 67 ans suppose un taux d’employabilité en forte augmentation alors qu’actuellement cette tranche d’âge présente 6 chômeurs sur 10 travailleurs. Compte tenu de la masse de travail en diminution constante, nous pouvons penser que la situation restera sur cette tendance. Nous nous trouverons donc en présence d’un transfert massif de cette population vers l’assistance chômage (prestations) car elle ne participera pas concrètement à l’activité en terme d’emploi.
La France n’a pas de structure industrielle suffisamment forte pour inverser cette tendance et il faut donc dès maintenant s’organiser pour accueillir un grand nombre de seniors dans le cadre de prestations chômage jusqu’à l’âge de 67 ans. En parallèle, les jeunes doivent s’orienter vers un financement de leur retraite à l’aide de souscriptions volontaires auprès d’assureurs spécialisés. Ces mêmes assureurs pouvant par ricochet abonder le financement des prestations chômage des plus anciens.
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